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L’impact des confinements sur les pratiques alimentaires et le bien-être des personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire

L’impact des confinements sur les pratiques alimentaires et le bien-être des personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire

 

 

Résumé :

La présente recherche met en relation l’impact des confinements sur les pratiques alimentaires et le bien être des personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire. Nous avons interrogé 220 participants grâce à un questionnaire en ligne. La tranche d’âge est assez large puisque nous avons des participants âgés de moins de 18 ans à plus de 45 ans. La majorité de nos participants sont des étudiants et sont des femmes. En effet, nous avons pu constater que la crise de la Covid-19 a eu un réel impact sur les pathologies mentales. 

StopTCA étant une plateforme de téléconsultation spécialisée dans la prise en charge des TCA, nous avons décidé de nous concentrer sur ces troubles. 

Mots clés : trouble du comportement alimentaire, Covid-19, confinement.

 

Introduction  

Depuis mars 2020, la France vit des temps difficiles. D’autant plus qu’il s’agit d’une situation tout à fait particulière et encore jamais vécue auparavant. Aujourd’hui, le virus de la COVID-19 nous touche depuis plus d’un an et la France, tout comme de nombreux autres pays, ont dû prendre des décisions afin de limiter la propagation du coronavirus. L’une des grandes décision est le confinement. Un premier confinement strict a été mis en place du 17 mars au 11 mai 2020. Durant ce confinement, le diamètre de déplacement des habitants dans les rues n’était que d’un kilomètre. Les écoles et les Universités étaient fermées, de même que le travail à la maison a été privilégié pour un bon nombre de métiers. Les restaurants ont également fermé. La France s’est retrouvée complètement à l’arrêt. Le nombre de cas positif au virus ne cessant d’augmenter fin 2020, le président a alors pris la décision de remettre un deuxième confinement : du 30 octobre au 15 décembre 2020. Celui-ci était moins stricte, nous avions toujours les attestations de déplacement mais avions une marge de déplacement plus grande. Aussi, les écoles n’ont pas fermées. Un troisième confinement s’est récemment terminé. Celui-ci aura duré du 26 février au 3 mai 2021. Ces confinements ont été un énorme bouleversement pour tous les Français, que ce soit au niveau santé physique, santé mentale ou encore au niveau économique.

 

Santé mentale 

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé, la santé mentale c’est un : « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ». L’OMS souligne la dimension positive de la santé mentale en affirmant que : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. ». Aujourd’hui, une personne sur quatre souffre de troubles mentaux dans le monde. On estime que 450 millions de personnes souffrent de maladies mentales. Celles-ci peuvent toucher tout le monde. Actuellement, près d’un français sur cinq souffrent de troubles psychiques sans même s’en rendre compte. Selon d’anciennes études, certains psychologues ont expliqué que les troubles mentaux sont causés par de multiples facteurs. Ils peuvent être héréditaires, environnementaux, sociaux, culturels, biologiques, psychologiques… Les troubles mentaux peuvent se caractériser par plusieurs types de symptômes. Pour une même maladie, les symptômes peuvent être nombreux et variés en fonction d’une personne à l’autre. En réalité, l’expression de cette souffrance psychique prend des voies de communications complexes et parfois tortueuses.

 

Trouble du comportement alimentaire 

Les troubles du comportement alimentaire sont liés à des comportements perturbés par rapport à l’alimentation. Il existe 3 grandes catégories de TCA : anorexie, boulimie, hyperphagie. Il existe bien d’autres troubles tels que : pica, orthorexie, bigorexie, … Souvent, il s’agit d’un trouble qui apparait à l’adolescence. Les troubles du comportement alimentaire sont de plus en plus souvent décrits comme une addiction comportementale car, tout comme les addictions avec substance, on retrouve cette notion de contrôle (ou perte de contrôle) lors des crises. De plus, au niveau du cerveau, les mêmes circuits seraient activés lors des crises (ex : système de récompense). Les troubles du comportement alimentaire sont des troubles complexes qui peuvent se chroniciser dans le temps. Dans la littérature, nous pouvons lire que les troubles alimentaires ont des causes multifactorielles. En effet, la survenue de la maladie peut dépendre de facteurs environnementaux, de facteurs biologiques, sociologiques. .. L’objectif principal de notre recherche est de clarifier les liens entre les problématiques alimentaires et les différents confinements. Nous avons fait l’hypothèse que nos participants ont vu une aggravation de leur trouble durant cette pandémie.

Méthode

 

Participants

 

Nous avons obtenu un total de 220 réponses, soit 220 participants dont 180 femmes et 40 hommes dont l’âge variait entre moins de 18 ans et plus de 45 ans. Nous avons recueilli 60% de jeunes entre 18 et 25 ans. Tous ont complété notre questionnaire en ligne. Nous avons donc une majorité d’étudiant (63%), ensuite, nous avons des employés (32%) et le reste de notre population est en recherche d’emploi. Pour la majorité, ils travaillent/étudient à la maison toute la semaine (42%). Nos autres participants travaillent en hybride ou à l’école / bureau. Nos données proviennent de la France entière. L’anonymat et la confidentialité de leurs réponses étaient garantis. 

 

Matériel et procédure

 

Les participants étaient ivités à répondre à un questionnaire d’auto-évaluation mêlant, pratique alimentaire, bien être et confinements. Ce test a été élaboré par StopTCA dans le but de répondre à notre hypothèse et donc, de répondre à nos interrogations. Nous avons décidé de créer notre propre questionnaire afin de s’assurer que chaque question réponde exactement aux données que nous voulions recueillir. Nous avons d’abord décidé de demander depuis quand nos participants souffraient de TCA afin d’estimer si la pandémie avait pu jouer un rôle dans leur apparition. Pour avoir plus de précision, nous avons laissé un espace libre pour que nos participants nous expliquent la ou les raisons de l’apparition de ce trouble. Ensuite, nous avons voulu identifier de quel trouble nos participants souffraient en particulier. Nous avons alors demandé de nous le spécifier en cochant les cases adaptées. Suite à ces premières questions, nous avons demandé s’ils pensaient que ces confinements avaient eu un impact sur leurs habitudes et pourquoi. Pour faire suite à cette question, nous avons demandé si ces troubles avaient évolué, c’est-à-dire, passer de l’hyperphagie à l’anorexie ou autre. Nous avons continué le questionnaire en ciblant en particulier les facteurs d’aggravation de leur trouble (isolement, stress, ne plus pouvoir consulter de professionnel, …). Nous avons également voulu faire une comparaison selon les trois confinements et avons alors demandé lequel des trois a été le plus difficile à vivre. Afin de voir le réel impact ainsi que la détresse de nos participants, nous avons demandé s’ils avaient des idées suicidaires dû à la situation inédite. Avant de finir notre questionnaire, nous avons voulu creuser sur l’aspect « suivi professionnel ». Nous avons alors demandé s’ils avaient eu un suivi ou non durant les confinements. Ainsi, si la réponse était non, nous avons voulu savoir pourquoi et s’ils comptaient reprendre ces suivis plus tard. Pour terminer, nous avons demandé s’ils pensaient que la fin de cette pandémie allait les aider à améliorer leur santé mentale et pourquoi. Une fois le questionnaire répondu, nous avons présenté la plateforme StopTCA en quelques mots.

 

Résultats 

Pour commencer, nous avons voulu savoir depuis quand nos participants souffraient de TCA. Nous avons alors obtenu un total de 154 personnes qui en souffrent depuis plus de deux ans. D’après nos résultats, on constate également que 80 personnes souffrent d’anorexie. L’anorexie est donc le trouble qui touche la majorité de nos participants. Ensuite, nous retrouvons l’hyperphagie avec 38 personnes et la boulimie avec 36 participants, puis quelques personnes qui souffrent de troubles moins connus tels que la bigorexie ou l’orthorexie. Par la suite, nous avons centré nos questions sur les différents confinements. Selon nos participants, les confinements auraient eu un impact sur les habitudes alimentaires pour 188 d’entre eux. Aussi, pour 68 de nos participants, les troubles auraient évolué. Par exemple un trouble tel que l’hyperphagie a pu évoluer en anorexie. Pour la majorité de nos participants (89 participants), le 1 er confinement a été le plus difficile à gérer par rapport à leur alimentation. Le deuxième confinement arrive en deuxième position bien que la troisième le suive de près. Pour 26 personnes, les trois confinements ont été aussi difficile. Nous avons également demandé à nos participants s’ils avaient ou avez eu des idées suicidaires durant les différents confinements. Pour 155 personnes, aucune idée noire ne leur a traversé l’esprit. Cependant, pour 70, cela a été le cas. Ce chiffre reste très préoccupant. Nous nous sommes également penchés sur les suivis médicaux de nos participants. Seulement 88 personnes ont eu un suivi régulier durant cette pandémie. Cependant, “seuls ”44 personnes se sont vues contraints d’arrêter leur suivi à la suite de cette crise. Bien que 44 personnes restent un grand nombre de personne, il s’agit malgré tout “d’une minorité”. Aussi, concernant les 44 personnes ayant été contraints d’arrêter leur suivi, 25 d’entre eux comptent reprendre un suivi régulier d’ici les semaines à venir. Pour terminer, nous les avons interrogés sur la fin de la crise sanitaire. Nous avons voulu savoir, si selon eux, la fin de la pandémie leur permettrait d’aller mieux. La réponse est oui pour 100 personnes. Pour 80 de nos participants, ils ne savent pas si cela ira mieux ou non. Et pour les autres personnes la réponse est non.

 

Discussion 

Lorsque nous avons demandé quelles étaient les causes du développement de trouble du comportement alimentaire nous avons obtenu quelques réponses de la part de nos participants. L’élément qui revient le plus souvent est un évènement traumatique et une histoire familiale personnelle compliquée. Les traumatismes peuvent être nombreux et variés. Il peut s’agir d’agressions ou encore d’accidents, … Beaucoup évoque également le stress et aussi la difficulté à gérer ses émotions. Ce stress peut être induit par la famille, les amis ou plus largement par la société, par rapport aux normes sociales imposées. Certaines personnes ont aussi évoqué un « manque affectif », notamment de la part des parents. Aussi, le besoin de contrôler son image, de se sentir belle/beau, et de vouloir aimer son corps revient souvent dans les réponses. Le fait que la société et les médias prônent un certain type de corps d’idéal féminin et masculin, peut être un facteur de déclenchement des TCA. Si notre corps ne correspond pas aux standards ou aux mannequins des magazines et des réseaux sociaux, il n’est pas rare que certains commencent à faire un régime pour tenter de ressembler aux modèles. Malheureusement, il s’agit souvent de régimes restrictifs et non d’un rééquilibrage alimentaire. Peut-être pouvons-nous faire le lien entre cette perception que nous renvoient les médias au nombre de personnes souffrant d’anorexie.

 Ensuite, nous avons voulu en savoir plus concernant l’impact réel du confinement sur les habitudes alimentaires. Pour cela, nous avons recueilli certains témoignages de nos participants. Selon la majorité d’entre eux, la raison pour laquelle le confinement a été difficile est le manque de relation sociale et donc l’isolement. Par conséquent, le quotidien s’est vu bouleversé par ces confinements. Certains ont perdu leur emploi ou ont tout simplement été mis en arrêt, les étudiants ont basculé en enseignement à distance, ce qui a pu provoquer ce manque d’interaction sociale. Le fait d’être enfermé et de ne plus être libre de faire certaines activités a été compliqué à vivre pour beaucoup d’entre eux. Pour beaucoup, l’ennui s’est alors installé au fil des jours et l’envie de grignoter n’a fait que de s’amplifier. La solitude et l’angoisse a pu s’installer progressivement. Être livré à soi-même peut être compliqué, notamment pour les étudiants, qui n’ont généralement pas de situation financière stable. Aussi, les journées étant moins structurées, moins cadrées, il était plus facile de s’octroyer des plaisirs. Certains de nos participants expliquent également avoir bien plus pris le temps de cuisiner qu’avant. Ils ont alors pu cuisiner de nombreux plats et en grosse quantité, ce qui les a incités à manger d’autant plus. Au contraire, pour d’autres personnes, rester à la maison toute la journée avec de la nourriture plein les placards leur ont procuré du stress et de l’anxiété. Rester à la maison, sans activité, sans rien, a pu être difficile à vivre puisque ces personnes n’avaient plus rien pour compenser l’acte de manger avec des activités diverses. De plus, bien que les salles de sport aient fermé, le temps libre a pu permettre de faire du sport afin de combler le manque d’activité. Les journées ce sont enchainées et ces journées se ressemblaient, alors pour combler l’ennui, le sport a été un remède contre le temps. C’est pourquoi, l’isolement, ne plus pouvoir se changer les idées, ne plus pouvoir faire du sport comme avant, le stress ou encore l’incertitude ainsi que le manque de relation a pu aggraver les troubles alimentaires de nos participants.

 

 Par ailleurs, nous avons voulu savoir quels ont été les éléments qui ont pu empêcher le bon déroulement des suivis médicaux. L’isolement est la première raison de l’arrêt des suivis. Ensuite, vient en deuxième position les problèmes financiers. Aussi, on retrouve souvent la fermetures des centres de soins, notamment durant le 1er confinement où certaines structures telles que les CSAPA avait été contraint de fermer. Certaines personnes évoquent également le manque de spécialistes en TCA, ce qui peut compromettre le bon rétablissement de ces patients. Aussi, pour beaucoup, il y avait un manque de place dans les institutions. Ces personnes n’ont donc pas pu être prises en charge alors qu’elles auraient eu besoin d’un cadre et d’un environnement plus stable pour ne pas aggraver les troubles déjà existants.

Ainsi, nous avons demandé si la fin de cette crise allait pouvoir améliorer leur santé. Comme dit plus haut, pour la grande majorité la réponse est oui. Oui, car les relations sociales vont pouvoir se remettre en place. En quelques sortes, nous allons retrouver une vie normale, semblable à la vie d’avant. Beaucoup de participants évoquent le retour à une certaine liberté, de part les relations sociales, la reprise du travail, des activités physiques, le fait de voyager, … Concernant les étudiants, beaucoup évoquent le retour en présentiel à la fac. En effet, le distanciel a été très compliqué à vivre, notamment pour des questions informatiques, financières mais surtout concernant les relations sociales puisque beaucoup d’étudiants ont vécu dans un tout petit appartement avec le strict minimum. Ainsi, rester dans un environnement peu riche peut être une contrainte énorme dans l’épanouissement personnel et professionnel. Certains jeunes disent vouloir vivre leur jeunesse comme il se doit sans avoir à se priver de quoi que ce soit. On ressent un besoin d’autonomie, de liberté, une envie que tout redevienne comme avant. Le besoin de contact sociaux semble important et ces comportements sociaux sont également essentiels au bon fonctionnement de tout Homme. Concernant les participants qui disent que la fin de cette pandémie ne changera pas leur état, nous pouvons l’expliquer par le fait qu’il puisse s’agir d’un TCA chronique, d’un TCA qui dure depuis des années, d’un état d’épuisement général de la personne… Retrouver une liberté ne suffirait alors pas à rétablir l’état de santé et un suivi médical serait alors nécessaire.

 

En effet, les confinements ont pu avoir un impact négatif et ont pu être un facteur d’aggravation de pathologies déjà existantes. Les confinements ont également pu déclencher des TCA. Avoir accès à la nourriture 24h/24 a favorisé l’apparition de trouble tel que la boulimie. Cependant, si un TCA est apparu durant cette période, c’est qu’il pouvait déjà y avoir une possible fragilité psychique chez les personnes concernées. 

Pour terminer, il est aussi important de noter que les confinements n’ont pas eu que des effets négatifs sur nos participants. En effet, ces évènements ont permis à certains de français de se retrouver en famille et cela a pu consolider les liens entre eux. L’un de nos participants nous a également fait part de sa découverte de la plateforme StopTCA durant le premier confinement, ce qui l’a aidé dans son processus de rétablissement.

 
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